Europe

Les universités européennes : quels enjeux en matière d’assurance qualité ?

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Les universités européennes émergent dans un espace européen de l’enseignement supérieur porté par le processus de Bologne et les European Standards and Guidelines, et dont les agences d’assurance qualité font partie intégrante. C'est pourquoi, à peine nées, ces alliances se voient confrontées à la question de leur évaluation et de leur accréditation.
 

Drapeaux

Avec la coexistence de systèmes nationaux très différents d’un pays à l’autre, chaque alliance se trouve confrontée à des dilemmes :

  • L’évaluation individuelle de chaque membre de l’alliance est-elle suffisante et faut-il évaluer leur regroupement ?
  • Qu’en est-il de l’accréditation ? Une université européenne peut-elle être accréditée ? Par qui ? Et quelles en sont les conséquences ?
  • Le système d’assurance qualité externe doit-il propre aux alliances ou la superposition des systèmes nationaux suffira-t-elle ? 

Les États membres, la commission européenne et les agences d’assurance qualité ont commencé à débattre de ces questions. Les plus fréquentes d’entre elles sont présentées ici.
 

Évaluer le projet stratégique des alliances et leur
gouvernance ?

Dimension essentielle de l’évaluation institutionnelle des établissements, le projet stratégique et la gouvernance sont deux champs clés des référentiels d’évaluation nationaux. 

Le concept d’université européenne devant contribuer à construire un espace européen de l’enseignement supérieur, des objectifs ambitieux sont assignés aux alliances : 

Les alliances devront donc montrer comment elles définissent cette stratégie sur le long terme et s’emparent des problèmes de l’Europe. La méthodologie d’évaluation devra aussi être adaptée à ces nouveaux enjeux.

En matière de gouvernance, une course aux alliances stratégiques s’est déroulée en Europe, mobilisant près de 300 établissements de toute l’Europe. Pour la première phase, parmi les 54 projets déposés, 17 ont finalement été sélectionnés, soit 114 établissements de 24 pays et 16 établissements français. Pour le second appel à projets, sur 62 candidatures déposées, 24 nouvelles alliances s’ajoutent aux 17 déjà sélectionnées, et 14 d’entre elles impliquent des établissements français.

Certains de ces projets s’appuient partiellement sur des partenariats déjà existants, et pour d’autres, la structuration de l’alliance est désormais à définir. Les mécanismes d’assurance qualité interne de ces alliances vont être fondamentaux : la création de nouvelles formes de partenariats, le choix de la structure la plus adaptée, la confrontation à des contextes juridiques et culturels très différents seront autant de défis à relever rapidement. La gouvernance de ces structures reposera sur l’équilibre entre autonomie et stratégie de chaque membre d’une part et le pilotage de la coopération de l’alliance d’autre part. La gouvernance devra donc être évaluée au regard de ces critères.

Comment assurer la soutenabilité des alliances sélectionnées ?

Les 41 projets sélectionnés bénéficient d’une dotation globale de 287 Millions d’euros, financés d’une part par le programme Erasmus+, (5 millions d’euros chacune) ; et d’autre part par le projet Horizon 2020, pour 2 millions chacune maximum. Cette dotation européenne a été complétée par certains pays dont les établissements nationaux font partie de ces alliances, notamment en Allemagne et en France.

Les standards européens d’assurance qualité imposent aux établissements d’enseignement supérieur d’avoir les ressources nécessaires à leur fonctionnement et à une expérience étudiante réussie. Pour les alliances, le principe de soutenabilité est également souligné. Outre ces premières dotations, elles devront avoir recours à des financements complémentaires, publics ou privés, nationaux ou européens, récurrents ou pas… Avec des objectifs ambitieux, des structures inédites, le modèle de financement se devra également d’être novateur.
 

Ingénierie des formations : quelle évaluation ?

Parmi les objectifs annoncés des universités européennes, figure également celui d’offrir « des programmes d’études centrés sur l’étudiant et dispensés conjointement sur des campus interuniversitaires, dans le cadre desquels diverses associations d’étudiants pourront élaborer leurs propres programmes et expérimenter la mobilité à tous les niveaux d’études ».

L’ingénierie des formations est donc au cœur du processus de création des universités européennes. Délivrance de diplômes doubles ou conjoints, échanges d’enseignants et d’étudiants, micro-cours, digitalisation, e-learning constituent des pistes de travail pour les alliances. Laboratoires de nouvelles méthodes, elles vont expérimenter des solutions d’apprentissage innovantes et inédites avec leurs étudiants. Les approches en matière de recherche et la complémentarité recherche /formation sont aussi très différentes selon les alliances et les pays concernés. Politiques nationales d’enseignement supérieur et politiques européennes de mobilité et de financement vont pouvoir être combinées, montrer leurs complémentarités, mais aussi leurs disparités et leurs limites.

En effet, les formations délivrées devront être attractives, et satisfaire aux exigences de qualité nationales et européennes. Alors que les établissements tentent d’organiser une politique d’assurance qualité interne pour répondre aux formalités nationales de création de formations, l’assurance qualité externe se met également en place. D’ores et déjà, les agences d’assurance qualité européennes se sont mobilisées : soit par une aide directe aux alliances (conseil), soit via des projets européens, soit en coopérant pour évaluer ensemble ces formations, dans le cadre de la European Approach  notamment.

La reconnaissance des diplômes délivrés et leur compatibilité avec les référentiels nationaux devra également être assurée. À nouveau, établissements, ministères, centres ENIC-NARIC et agences d’assurance qualité devront faire preuve d’ingéniosité, de flexibilité et d’inventivité pour délivrer et garantir ces formations et diplômes.
 

Comment le Hcéres intervient-il dans le périmètre des Universités européennes ?

Les équipes du Département Europe et International (DEI) du Hcéres se sont mobilisées pour apporter leur expertise face à ces enjeux.

Projet européen doté d’un budget de 195 000 €, sur deux ans, le projet Euniq vise à développer une approche européenne en matière d’Assurance qualité externe des universités européennes. 17 partenaires dont le Hcéres, contribuent à ce projet pour tenter d’apporter des réponses sur le terrain de l’assurance qualité. Ainsi, un référentiel d’évaluation de ces alliances est en cours de finalisation et sera prochainement testé par quatre d’entre-elles.
 

  • Le Hcéres apporte son soutien aux alliances

L’équipe du DEI possède une parfaite maîtrise des prérequisé de la création et du fonctionnement des Universités européennes et peut ainsi apporter son expertise aux établissements qui la sollicite : soutien lors de réunions avec les partenaires européens, réflexion sur les processus d’assurance qualité interne et externe, participation aux procédures menées par d’autres agences européennes etc.

Le Hcéres est engagé dans un dialogue renforcé entre agences européennes d’assurance qualité, mais aussi entre les réseaux européens et les acteurs de l’enseignement supérieur. L’objectif est celui d’un dialogue toujours renouvelé et resserré avec les établissements.

Université européenne et assurance qualité

Entretien avec Solange Pisarz, responsable de projet au département Europe et International du Hcéres, vice-présidente d'ECA

Établissements français membres des alliances européennes


 

Dates clés

Dates clés universités européennes

 

Chiffres clés

  • 41
    universités européennes impliquant 280 établissements
  • 32
    établissements français sélectionnés
  • 287
    millions d'euros provenant du budget de l'Union Européenne