À propos de l'intégrité scientifique

L’intégrité scientifique est l'ensemble des valeurs et des règles qui garantissent une activité de recherche irréprochable. Elle est une condition sine qua non de la confiance entre collectifs de recherche et entre Science et Société.

Les grands principes de l’intégrité scientifique ont été énoncés en 2007 lors d’un colloque organisé par l’OCDE, et en 2010 dans la déclaration de Singapour sur l’intégrité en recherche.

Une harmonisation au plan européen

Afin d’harmoniser les politiques européennes sur l’intégrité scientifique, All European Academies (ALLEA) a publié en 2011, et révisé en 2017, un code de conduite européen pour l’intégrité en recherche. Le Conseil de l’Union Européenne a formulé en 2015 une série de conclusions soulignant l’importance de l’intégrité de la recherche.

Le réseau ENRIO (European Network of Research Integrity Offices), créé en 2008 à la suite de la première conférence mondiale sur l'intégrité scientifique de Lisbonne en 2007, regroupe des référents à l’intégrité scientifique de 31 organisations membres, issues de 23 états européens ; l’OFIS en est membre pour la France, à côté de représentants de l’Inserm, du Cirad et du CNRS.

Une mise en œuvre au plan national

  • 2010 : en France, le rapport Alix pose les bases d’une réflexion collective sur l’intégrité scientifique.
  • Janvier 2015 : huit opérateurs de recherche (Cirad, CNRS, Inra, Inria, Inserm, Institut Curie, IRD, ainsi que la Conférence des Présidents d’Universités qui représente tout le monde universitaire) ont signé la première Charte nationale de déontologie des métiers de la recherche. Ils s’engagent ainsi à respecter et faire respecter les principes d’intégrité et de rigueur inhérents à la mission de recherche.
  • Juin 2016 : Pierre Corvol remet au secrétaire d’État à l’enseignement supérieur et à la recherche un rapport sur la mise en œuvre de la Charte nationale de déontologie des métiers de la recherche.
  • Mars 2017 : le secrétaire d’État à l’enseignement supérieur et à la recherche demande aux opérateurs de recherche français de procéder à une série de mesures concrètes, aujourd’hui effectives pour la plupart. Il lance l’Office Français de l’Intégrité Scientifique (OFIS) pour stimuler la bonne application des règles de l’intégrité scientifique en France.
  • Octobre 2017 : l’OFIS est installé sous la forme d’un département du Hcéres, et se voit confier trois missions d’expertise, d’observatoire et d’animation.
  • Consulter la liste des signataires des chartes et des référents intégrité scientifique
  • Consulter la bibliographie

Au-delà de la spécificité des approches disciplinaires, l’intégrité scientifique repose sur des principes communs, qui s’appliquent à la recherche dans tous les domaines de la science et de l'érudition, et sur lesquels reposent les bonnes pratiques en matière de recherche.

Le respect des valeurs essentielles de l’intégrité scientifique

Le code de conduite européen pour l’intégrité en recherche souligne leur portée fondamentale :

  • La fiabilité dans la conception, la méthodologie, l’analyse et l’utilisation des ressources.
  • L’honnêteté dans l’élaboration, la réalisation, l’évaluation et la diffusion de la recherche, d’une manière transparente, juste, complète et objective.
  • Le respect envers les collègues, les participants à la recherche, la société, les écosystèmes, l’héritage culturel et l’environnement.
  • La responsabilité pour les activités de recherche, de l’idée à la publication, leur gestion et leur organisation, pour la formation, la supervision et le mentorat, et pour les implications plus générales de la recherche.

La lutte ferme contre les manquements à l’intégrité scientifique

Fabrication ou falsification de données, plagiat et autres formes de vols d’idées, entachent gravement la fiabilité de la recherche. Ces pratiques frauduleuses, heureusement rares, doivent être évitées et combattues fermement de manière continue par tous les acteurs de la recherche, individuels ou institutionnels.

Moins rares mais plus difficiles à caractériser, d’autres pratiques douteuses de recherche constituent elles aussi des manquements à l’intégrité. Elles doivent elles aussi être combattues et évitées : citation sélective, autoplagiat, présentation des résultats ou analyses statistiques trompeuses, etc. Le code de conduite européen pour l’intégrité de la recherche en propose une liste non-exhaustive. 

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Chaque chercheur est profondément habité par les valeurs positives de l’intégrité scientifique. Cette culture, présente chez chacun, est à consolider collectivement.

Un tel processus est mis en œuvre :

  • au sein des opérateurs (universités, organismes de recherche, agences, etc.) qui se dotent d’une politique en matière d’intégrité scientifique et désignent leur référent. Celui-ci, placé auprès du président ou du directeur général, veille à la bonne mise en œuvre de cette politique.  En particulier, il aide les chercheurs et les collectifs de recherche à se prémunir de situations d’injonctions paradoxales mettant leur intégrité à l’épreuve : "publish or perish", conflits d’intérêts, accès à des formations, à des dispositifs de sauvegarde et d’archivage des données, etc.
  • grâce à  l’organisation de formations dispensées par : 
    • les écoles doctorales pour les futurs docteurs,
    • les universités à différents niveaux de l’enseignement supérieur,
    • les opérateurs de recherche pour les chercheurs établis.

À toutes les échelles d’organisation du système d’enseignement supérieur et de recherche, l’intégrité scientifique doit être un sujet de discussion et de mutualisation, un objet de culture commune dont chacun soit le garant et l’ambassadeur. 

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La recherche, première phase de l’élaboration de la connaissance et de la compréhension du monde, repose sur :

  • une démarche d’observation, d’expérimentation et de réflexion, 
  • une méthode scientifique  dont les grands principes, quel que soit le champ disciplinaire, assurent  la fiabilité des résultats.

Le partage des résultats de recherche, leur controverse et leur mise en débat sur la base d’un socle théorique partagé font partie intégrante de l’élaboration de la connaissance. Ce partage requiert la plus grande rigueur dans la collecte des données et la construction des savoirs. L’intégrité scientifique en est le garant permettant de différencier un savoir avéré d’une hypothèse de travail ou même d’une opinion.

L’intégrité scientifique porte sur les enjeux de cohésion et de confiance :

  • de la société envers la recherche scientifique. Cette confiance est cruciale à l’heure où de grands enjeux planétaires confèrent un caractère particulièrement critique à la robustesse de la compréhension du monde. Les nouvelles technologies ne cessent par ailleurs d’accélérer le partage et la diffusion de l’information, avérée ou non.
  • entre les collectifs de recherche eux-mêmes.

L’intégrité scientifique est une valeur fondamentalement positive, au même titre que l’éthique de la recherche. Sa promotion est plus indispensable que jamais. L’assurance de son respect est une garantie de la qualité de la recherche et de sa crédibilité.

Interview de Pierre Corvol

Interview de Pierre Corvol, Professeur émérite au Collège de France, sur l'intégrité scientifique : les enjeux et perspectives