Témoignage de Christelle Kirchstetter

Directrice de l'École supérieure des beaux-arts de Nîmes
"Le principe de l’autoévaluation, [...], qui relevait pour beaucoup d’une simple "obligation administrative", peut permettre aujourd’hui de faire évoluer les enseignements, d’adapter la pédagogie aux attendus d’une formation sans jamais la dénaturer, pour au contraire l’affirmer. "

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Christelle KIrchstetter

L’évaluation externe conduite par le Hcéres s’appuie sur une autoévaluation menée par l’établissement. Quel bilan établissez-vous à l’issue de plusieurs années de mise en place de ce processus ? 

Le processus d’autoévaluation était nouveau pour les écoles supérieures d’art lorsqu’elles ont adopté la réforme LMD. Dans un premier temps, c’est une démarche qui a été peu investie par les équipes pédagogiques qui, progressivement, s’y sont adapté. Le principe de l’autoévaluation est à présent admis, mais les enseignants y contribuent encore plus ou moins activement : cette procédure, qui relevait pour beaucoup d’une simple "obligation administrative", peut permettre aujourd’hui de faire évoluer les enseignements, d’adapter la pédagogie aux attendus d’une formation sans jamais la dénaturer, pour au contraire l’affirmer. 


Pour les étudiants, le principe n’est pas encore suffisamment explicite, et à l’Esban (École supérieure des beaux-arts de Nîmes), il nous faut encore travailler à son appropriation par les communautés étudiantes et enseignantes. Le projet d’établissement que nous devons rédiger pour 2020 servira, dans cette perspective, à la réalisation de cet objectif. Ce projet donnera en quelque sorte plus de sens à cette pratique somme toute encore jeune dans nos établissements. 

Quelles seraient les évolutions à envisager en vue d’accompagner encore davantage les établissements dans la phase d’accréditation des diplômes qu’ils délivrent ? 

La sensibilisation et la formation des équipes aux principes et aux objectifs de l’autoévaluation me semblent prioritairement devoir être travaillée. Cela afin que les équipes ne prennent plus ce processus comme un dossier auquel il faut répondre au mieux, mais puissent réellement l’investir pour développer le projet pédagogique et répondre aux attendus de nos formations comme à celles des étudiants. 


Nous songeons par exemple, à Nîmes, à mettre en place, au sein de la direction des études, une mission de démarche qualité, comme cela existe dans certaines écoles suisses ou belges. Nous avons observé que dès lors que les équipes enseignantes et les étudiants avaient saisi les enjeux de l’auto-évaluation, ils se saisissaient mieux des "outils" mis en oeuvre pour adapter les attendus d’une formation de niveau licence ou master aux enjeux d’une formation en école supérieure d’art. Si les enjeux en sont bien précisés, les processus d’auto-évaluation et d’accréditation peuvent réellement permettre de définir le projet d’établissement et plus encore, de distinguer et de singulariser une pédagogie d’une école supérieure d’art d’une pédagogie en art à l’université ou dans les formations de l’éducation nationale. 


Pour mieux faire connaitre ce processus et ses enjeux, le Hcéres pourrait par exemple avoir une parole directe auprès de la communauté des écoles supérieures d’art, incluant des représentants des personnels administratifs, des enseignants et des étudiants. 

Conformément aux principes d’assurance qualité établis au niveau européen qui nécessite une évaluation par les pairs, la composition des comités d’expertise mis en place par le Hcéres prévoit l’implication des enseignants, des professionnels et des étudiants des différents domaines artistiques dans le processus d’évaluation. Pour les écoles d'art, identifiez-vous des retombées de ce principe en matière de conception et de mise en oeuvre des formations ?

L’évaluation par les pairs, au delà du fait qu’elle soit imposée par les principes d’assurance qualité établis au niveau européen, m’apparaît comme fondamentale s’agissant des écoles supérieures d’art. Nos écoles dispensent des formations à finalité professionnalisante (ce terme est parfois peu apprécié, mais nous devrions davantage le revendiquer) : la place des professionnels dans les enseignements est déterminante, les projets sont conduits en lien avec le milieu professionnel, les formations visent à former des artistes/auteurs à même d’agir dans un milieu professionnel, celui de la création.

Aussi, qui mieux que des professionnels, mais aussi des enseignants et des étudiants d’écoles d’art pour évaluer ces formations. Les appréciations qu’ils formulent sont d’autant mieux reçues qu’elles ont été élaborées par des personnes qui connaissent parfaitement l’écosystème de la création, son fonctionnement et ses attendus. En conséquence les évaluations réalisées par le Hcéres sont examinées par les établissements avec beaucoup d’attention et de fait amènent à faire évoluer nos formations, nos pratiques et même nos fonctionnements.