Témoignage de Gilles Subra et Alexandre Vernhet

Gilles Subra, professeur à la faculté de pharmacie, Université de Montpellier et chargé de mission CHARM-EU ; Alexandre Vernhet, vice-président délégué aux contrôles interne et de gestion, Université de Montpellier

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Quelles motivations ont poussé votre université à participer au premier appel à projets Universités Européennes ?

Une université ne peut pas vivre refermée sur elle–même sans ouverture sur le monde. L’histoire de l’Université Montpellier en atteste. Cette tradition est renforcée par le besoin de construire une pensée et une communauté européenne active.

Notre alliance, CHARM-EU (pour Challenge-based, Accessible, Research-led, Mobile Europeean University) est lauréate de ce premier appel à projets d’ « Universités Européennes ». Nous nous trouvons donc dans une position de précurseurs pour participer à la construction du nouvel espace européen de la recherche et de l’enseignement supérieur qui affirme la place des universités au centre de l’écosystème de l’innovation impliquant l’enseignement, la recherche, les entreprises et la société civile. 

L’appel à projets, volontairement très ouvert, nous incite à la créativité à la fois sur le plan pédagogique mais également sur le plan organisationnel pour proposer un cadre innovant pour les Universités Européennes.

Nous sommes convaincus de l’effet transformant que peuvent avoir ces Universités Européennes sur notre cadre national, induit à la fois par la nature très ouverte de l’appel à projets et par la liberté donnée aux communautés universitaires pour proposer et expérimenter des dispositifs pédagogiques, structurels ou réglementaires pouvant réformer notre environnement.

Cet appel à projets est également l’occasion pour les établissements de définir une stratégie à long terme et d’instaurer, avec des établissements d’excellence reconnue, des relations privilégiées et pérennes. Cette connaissance réciproque permettra de faciliter les collaborations multilatérales dans de nombreux domaines (Pédagogie, Recherche, Mobilité, Relations partenariales). L’appel à projet Swafs (Science with and for Society)  qui prolonge celui des Universités Européennes, en est l’illustration.  
 

Quels sont vos objectifs, réalisations et les obstacles rencontrés
à ce jour ?

Notre ambition est de produire et tester un modèle d’université européenne viable et réplicable répondant aux objectifs fixés par la Commission. L’ambition est de bâtir sur les collaborations bilatérales passées (plus de 2000 publications et des mobilités actives au niveau étudiant et enseignant-chercheur) pour construire une coopération multilatérale.

Pour cela, nous nous appuyons sur une phase d’expérimentation pendant laquelle nous mettons en place un Master innovant transdisciplinaire s’appuyant sur la recherche et les réponses aux enjeux du développement durable. 

Le Master CHARM-EU place l’étudiant au cœur de son apprentissage en lui proposant de travailler en équipes transdisciplinaires et internationales sur des défis sociétaux et environnementaux réels. Ce Master considère la mobilité comme une norme, développe l’inclusivité de manière transversale et contribue à la perception d’une citoyenneté européenne. 

Il ouvrira en septembre 2021 et conduira à l’obtention d’un diplôme conjoint pour lequel nous finalisons une convention. 

La mise place de ce Master a nécessité la création d’équipes internationales et multidisciplinaires de chercheurs et d’enseignants-chercheurs qui ont élaboré un programme pédagogique innovant.

L’Alliance a d’ores et déjà mis en place des structures de gouvernance du projet et élaboré différents scénarios financiers et juridiques pour la future institution qui portera l’Université Européenne.

Les principaux obstacles, mais aussi l’enjeu d’une transformation, sont liés aux règlementations nationales. En effet, le processus de Bologne n’est pas traduit de façon homogène par chacun des états membres. La notion de ‘Master’ par exemple, n’est pas la même. Ces différences nationales renforcent l’utilité d’établir des liens forts pour partager une vision européenne commune. 
 

En matière d’assurance qualité, quels sont pour vous les enjeux et qu’attendez-vous du Hcéres ?

Nous souhaitons que le Hcéres nous accompagne dans une accréditation suivant l’ ‘European Approach’ de façon à construire un processus unique d’accréditation des Masters conjoints. Cette méthode permet d’accréditer automatiquement le diplôme dans les cinq pays membres de l’alliance suite à sa reconnaissance par l’une des agences d’accréditation.

Le gain de temps est immense en particulier durant la phase pilote et trouvera un intérêt lors du développement des futures offres de formation communes. Nous considérons le Hcéres comme un partenaire, un facilitateur du processus dans cette coconstruction. 

On constate avec plaisir que le Hcéres a déjà joué parfaitement ce rôle pour CHARM-EU et est proactif dans la mise en œuvre de cette procédure. C’est un moteur pour les autres agences européennes associées.
 



Témoignage reccueilli dans le cadre du dossier "Les universités européennes : quels enjeux en matière d’assurance qualité ?"