Témoignage de Pierre Corvol

Professeur émérite et administrateur honoraire du Collège de France, auteur du rapport sur la charte nationale d’intégrité scientifique
"Il était primordial d’avoir, à l’instar des États-Unis et de nombreux pays européens, une structure centralisée qui fédère l’ensemble des acteurs de la recherche autour d’une réflexion commune et constructive sur l’intégrité scientifique et leur fournisse des outils d’action efficaces tels que des formations pour les troisièmes cycles."

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Pouvez-vous nous donner votre vision de l’intégrité scientifique ?

Henri Poincaré disait : “la science est morale”. Je pense qu’il est juste d’affirmer que l’intégrité scientifique repose sur des valeurs de moralité qui conduisent le chercheur à exercer son activité dans des conditions de transparence et d’honnêteté, et en dehors de toute pression idéologique ou politique. Il existe ainsi une sorte de contrat tacite entre le chercheur et le public. Si l’intégrité scientifique est bafouée, alors ledit contrat est rompu.

Pourquoi la création de l’Ofis était-elle nécessaire ?

Au-delà des recommandations officielles, que ce soient  celles de la charte de déontologie des métiers de la recherche ou celles émanant du ministère, il était primordial d’avoir, à l’instar des États-Unis et de nombreux pays européens, une structure centralisée qui fédère l’ensemble des acteurs de la recherche autour d’une réflexion commune et constructive sur l’intégrité scientifique et leur fournisse des outils d’action efficaces tels que des formations pour les troisièmes cycles.

Quelles sont vos attentes vis-à-vis de l’Ofis ?

Je souhaiterais que soit créée une typologie de ce que je nomme les pratiques indélicates de la recherche. Je ne parle pas ici de plagiat ou de fabrication de données, qui heureusement restent très marginales, mais plutôt de petits arrangements avec l’intégrité scientifique qui se développent et consistent, par exemple, à supprimer des références bibliographiques qui n’abondent pas dans le sens de l’hypothèse de recherche défendue. Par ailleurs, j’attends de l’Ofis qu’il remplisse un rôle de coordinateur national mais aussi international et mette en relation nos chercheurs avec leurs collègues européens et québécois.